20 mars 2007
Nos repas
On ne mange pas tous les soirs ensemble, ils sont en train
de msn/bosser, ou bien de jouer/bosser, et comme moi j’émerge, et que j’ai pas
envie de manger, ils sont ravis d’emmener leur assiette et de faire leurs
geeks étudiants chevronés.
Mais on a décidé de faire table commune un jour sur deux,
enfin j’ai décidé.
Un jeu de mot à la con,
Ce soir c’était n’importe quoi. Mais toujours en riant.
Je sers la soupe, on la goûte (soupe du midi maison), et j’entends des
« mmmmmm », elle est bonne.
Puis, « ouais, faut bien qu’on se tape quelque
chose »
Je prends deux cuillers et ça ne passe pas, je remets tout
dans le plat.
« maman t’es dégueulasse »
- Ouais, et je vous emmerde, je suis chez
moi, je fais comme je veux c’est moi qui commande. (en rigolant bien sûr)
Et que vois-je, mes deux fils,
qui portent leur assiette à la bouche direct, en faisant des grands slurps, et
en évitant de s’étouffer à force de
rigoler.
« Je veuxle sot l’y laisse »
- oh yen a deux débrouillez vous,
pulsahr le trouve tout de suite, et rhalph a plus de mal.
Je lui mets la carcasse dans l’assiette pour me marrer. Et
il me sort.
« Ah ah ! t’auras pas ton croupion ! »
Et l’autre, « de toute façon maman côté cul, elle a
pris de l’avance. »
Et tout le long du repas, rhalph inlassablement, répétait le
dernier mot de chacun.
Quand il est parti à déconner, il ne s’arrête pas, et garde
son sérieux.
C’est à pleurer.
Ils font durer le truc, pour embêter l’autre gentiment, et
moi avec bien sûr.
Un jour rhalph pour choisir son yaourt mettait trop de
temps, moi
« t’as qu’à faire comme les gosses, plouf plouf, pique
nique douille…. »
et lui de me regarder avec des yeux canaille, de dire « plouf plouf »
et de mettre les deux yaourts dans la carafe d’eau.
Et de me dire « ben c’est toi qui m’as dit de le
faire ! »
A la fin du repas, je dis un truc du genre que c’était
sympa, ils acquiescent, en se débarrassant le plus vite possible de la corvée
rangement cuisine.
Et je rajoute, « c’était court mais bon »
Aie que n’ais-je pas dit………………………………………..
« Oh maman elle est encore partie à parler cul »
L’autre soir, daph a apporté un assortiment de gâteaux. Des
religieuses et des glands.
A un moment elle dit innocemment, « je prendrais bien
un gland et une religieuse »
Aucun de nous n’a pu manger son gâteau sans avoir l’esprit
ailleurs. Et sans risquer l’étouffement.
Bon tout ça, c’est entrecoupé de cours d’informatique, ou de
littérature complexe, que chaque étudiant veut faire partager aux autres.
Les informaticiens n’écoutent qu’à moitié la littérature, et
la littéraire, n’écoute qu’à moitié les cours de prog.
Et chaque partie, a tout oublié le lendemain sauf les rires.
Et moi, je vais et je viens entre mes fourneaux, entre deux
fous rires.
Comment voulez vous que je m’ennuie avec eux ?
Nous ne sommes comme ça qu’entre nous, je vous rassure, on
sait se tenir, et passer pour des gens bien élevés, mais entre nous on se
lâche.
Et vous vos repas ?
Patience zaboo
C’est moins facile aujourd’hui, comme je le disais, un truc
pourrait me déstabiliser facilement.
Hier la demande de congé maladie a été postée, et un truc me tracassait ce
matin.
Dois-je participer au mouvement, c'est-à-dire postuler pour un autre
poste ?
Je téléphone au médecin spécialisé de l’inspection
académique, réponse, « c’est vous qui voyez, mais ce n’est pas la priorité. »
Me voilà bien avancée .
Je me connecte au serveur, et je n’y comprends rien. Toutes
les modalités ont changé. Me voilà d’humeur inquiète.
Je me secoue violemment pour prendre ma douche et sortir ce p****** de chien,
on va dire que c’est elle qui me sort. Je décide en même temps d’attendre
l’après midi, pour demander conseil à l’assistante sociale.
A peine les trois étages remontés, je vois que rhalph est au
téléphone, et dit « ne quittez pas je vous la passe, elle vient
d’arriver. »
Je me dis pourvu que ce ne soit pas ma mère.
C’est ma directrice.
Je lui dis la vérité, je préfère la prévenir pour le congé
longue maladie, car elle l’aurait su, et je n’aime pas mentir, je ne sais pas
le faire d’ailleurs. Et c’est mieux pour les enfants de ne pas avoir trente-six
remplaçants.
Elle exprime sa désolation, mais pour moi. Me dit que au niveau de ma classe des aménagements seraient possibles, pour que ce soit moins dur. Etc.
Là, j’ai eu droit à des phrases du genre :
« tu as vécu des choses très difficiles »
« tu es très seule »
« tu as trop pris à cœur ton travail »
Et évidemment, les larmes ont coulé. Elle me demande si je me détends, si j’en profite pour faire ce que j’aime, et re larmes, ben non, je n’y arrive pas, mais je peux enfin dormir.
Elle me demande si je me suis remise à faire des bijoux.
Pffffffff ben non, en plus pour en faire, il faut avoir
envie d’en porter.
Mais elle se propose de me guider pour mes démarches, et
elle va en parler à l’inspecteur pour voir le mieux et le plus cohérent.
Je lui passe le flambeau. Je préfère jouer cartes sur tables
avec eux.
Je préfère être vraie, que me cacher et me dépatouiller
moins efficacement.
C’est peut-être un petit pas de franchi, le fait d’accepter
de dire que je suis malade, et hors circuit pour le moment.
Cela ne caresse pas l’ego dans le sens du poil, là tout de suite maintenant, je suis à la fois triste et soulagée, enfin soulagée pour un truc.
Patience zaboo, c’est pas ton truc, tu as toujours couru partout.
Mais pose toi !
Je vous jure que ce n’est pas facile.
Avoir toujours tout géré, ça m’a usée, mais, c’était comme
je le voulais.
Et là, je dois laisser faire.
« Appelle – moi à l’aide, quand tu veux, » elle a
dit.
Je lui ai répondu franchement, que je ne savais pas faire
ça, que je ne l’ai jamais su.
« Bon je m’occupe de tout et je te rappelle. »
Voilà, j’ai séché mes larmes, et je vais me secouer, pour
faire du ménage.
Et me seriner, plusieurs fois cette phrase : « patience zaboo »….. Promis.



