Le blog d'arwen

Journal d'une vie en devenir...

01 novembre 2007

Urgences 2

Donc j’attendais sur ce pseudo lit à roulettes.

On vient me voir, et on me demande qui je suis.. Je trouve que c’est pas mal….. J’avoue que la douleur, et la lassitude font peu à peu place à un cynisme assez vif, mais que je garde pour moi.
 

Qui je suis ? Je décline mon identité à nouveau, et là il me semble que je suis un peu moins un numéro, mais toujours parquée en épi. Sauf que contrairement aux voitures, je n’ai pas de carrosserie, je suis à nu, comme tous les autres, et c’est difficile à vivre, trop empathique de nature, cela m’éprouve autant pour moi que pour toutes ces personnes âgées. Agées, dirais-je, c’est un euphémisme.

Un canon de chez canon, un externe de 23 ans à tout casser, vient se présenter, et me dit qu’il va me prendre en charge avant l’interne de service. Youpee, on va s’occuper de moi, il est déjà 10h.  Je reprends mon sourire.

Mais il s’en va, et …………. J’attends….longtemps encore .

 

Il revient plus tard, et j’entends une voix féminine dire dans mon dos, (féminine est beaucoup dire) à mon canon d’externe.

« On va la mettre au 1, mais il faut que je fasse de la place », je comprends dans ma tête de blonde que c’est vraiment le bordel. Le jeune homme me dit qu’il va me mettre dans une pièce pour pouvoir s’occuper de moi… Ya intérêt, il va pas m’examiner sur le parking quand même ! Surtout vu que je suis là pour des hémorragies intestinales ! Et pas de carrosserie, pas de rideau, rien !
 

Alors, devinez, ils prennent un vieille agonisante de la chambre 1 (chambre est beaucoup dire on devrait dire box, vous savez là où on met les chevaux….), ils sortent la pauvre mémère, la parquent dans le couloir, et m’installent à côté d’une autre agonisante…

Je suis à la fois soulagée pour moi, et culpabilisée qu’une très vieille dame soit parquée pour moi au vu de tous.

Sic ! Je pense à mes fils qui diraient ‘ça sent le formol ici », mais je n’ai pas le temps de trop y penser, on vient me voir, il faut que je me déshabille, et pour mes fringues adorées, on me donne un sac poubelle blanc, certes, mais un sac poubelle quand même.

Tant pis pour l’hygiène, mes bottes, doivent être dans le même sac que les vêtements qui touchent ma peau, ça commence bien.
L’aide soignante emballe comme elle peut, c'est-à-dire qu’elle ratatine mon manteau sur mes bottes et le reste est enfourné de force, je suis ravie…. Surtout quand elle me dit de passer une espèce de chemise qui s’attache derrière, et pas jusqu’en bas, donc si je me lève, on verra mes fesses, super !!!!

Je suis de plus en plus contente, et j’ai envie d’ouvrir ma grande gueule, alors je m’engueule, et je me dis « tais-toi !!! »

 

Le jeune homme revient, je dois refaire un exposé de la situation, heureusement qu’il est beau et gentil, et raffiné, trop jeune pour moi, mais bon j’ai bien le droit d’admirer le beau, parce que dans ce couloir, c’est une denrée rare.

Il m’annonce une fibroscopie de l’estomac, je suis étonnée, et je sais qu’il se plante, mais bon pas grave, je le laisse m’examiner, et il s’en va, et j’attends…….

 

On vient me poser une perf, ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!

Une infirmière souriante, et douce, je lui demande de me patcher, j’avais amené ce qu’il fallait, car je sentais l’envie de fumer monter, et la mauvaise humeur avec…. On papote gentiment le temps de la perf très laborieuse car ma grande gueule est inversement proportionnelle à mes veines, ça dure un bon moment, mais elle finit par y arriver, quoique ….. Il faut que je garde ma main positionnée d’une certaine façon sinon ça fuit…. Bon je ne dis rien et la charmante dame s’en va, et devinez ?????

 

J’attends….

 

Cela va durer des heures, j’observe à côté de moi la vieille dame, une petite momie, qui soliloque, avec peine, car on a dû lui enlever son dentier, ça doit faire partie du déshabillage au CHU, un dragon entre, et lui dit ou plutôt lui aboie « je ne comprends pas madame ce que vous dites » Je me marre, normal, elle n’a plus de dents la pauvre, et un pied dans la tombe. Et je m’engueule encore « Tais-toi ! »

Le dragon ressort, énervée, il ne lui manque plus que des flammes sortant de ses narines.

 

J’écoute la mémé, elle dit un truc du genre « SI- OU- PAI -ENVI –DAER- AU- CAHINE » Eh eh moi je la comprends, c’est vrai c’est comme les mômes qui n’arrivent pas à articuler, à force l’oreille s’aiguise. Elle a envie d’aller pisser, la pauvre.

 

Elle répète sa litanie un nombre incalculable de fois, et je la comprends de mieux en mieux, à la fin elle rajoute « YA- L- ABUS-  AN- AIME »

 

Mon cynisme monte et monte, mais pas à l’encontre de cette dame, plutôt vis-à-vis de la situation en général.

 

Le dragon revient, je fais l’interprète, je dis : « Elle a envie d’aller aux cabinets, et elle a même dit s’il vous plaît » (J’ai craqué, j’ai ouvert ma …….)

Du coup, le dragon se ravise, et décide de faire son boulot. Elle lui amène un bassin, et se barre….

Et après j’entends : « SI- OU- AIT- AI- INI »

C’est dingue, j’ai plus envie de rire, et plus envie de vieillir, quoique la perspective ne m’a jamais plus, mais bon….

Je ne pensais pas que cela pouvait être si compliqué de faire pipi…

Une pensée reconnaissante pour ma vessie qui me laisse tranquille.

 

Et le pire n’était pas encore arrivé………..

Posté par _arwen_ à 12:16 - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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