05 novembre 2007
Urgences 3
J’attends, et j’entends …
La petite momie continue sa LI-A-IEUUUUUUUH
Rhoooooooo je suis affreuse, oups pardon j’ai des dents moi, sa litanie, avec quelques variantes, ça donne un truc du genre :
« SI- OU- AIT- AI- FIII,- A- ABUS- AN -ËËEUUUUUUUUUUUUUH ! »
Entre une aide-soignante, je l’appelle par ce mot car elle,
elle est digne de le porter, elle s’adresse à la dame, et je lui fais gagner du
temps en lui disant l’essentiel, j’oublie volontairement le « ya
d’labus », même si je cautionne….
Elle vient vers moi, et me dit : « Je vais
déplacer votre lit (ouais on va appeler ça un lit), il faut que je m’occupe de
la dame, et j’ai besoin de la mettre près du lavabo. »
Et là, commence la valse des brancards, sans la musique,
dommage ça aurait été plus gai. Elle me pousse dans un coin, braque à gauche,
elle pousse la vieille, braque à droite, et re et re petit patapon.
Je me retrouve de l’autre côté du box /chambre sur mon lit
brancard, avec la momie de l’autre côté, près du lavabo.
« Je vais vous faire votre toilette, madame, »,
elle est pas d’accord la mémé, elle bougonne, pardon, elle « BOU HONNEU »
Je me retourne face au mur, par respect pour la personne, et
aussi parce que je n’ai pas envie de voir la vieillesse de trop près. Et puis,
je commence à être dans les choux et la douleur revient. Mais j’entends.
« Si madame, je vais vous laver ça va vous faire du
bien, vous comprenez, depuis hier quand même, il faut bien que vous fassiez un
brin de toilette ! »
Je frémis ! Elle poirotte depuis hier la pauvre ! Je me demande ce qui m’attend, mais ils m’ont enlevé ma montre. ( ça doit être volontaire, ils enlèvent de quoi nous repérer dans le temps, quoique, ça vaut peut être mieux ) !
« Et puis on va enlever la chemise, parce qu’après je vais vous en mettre une propre »
La vielle proteste, dit : « E- A- A- AINE »
- mais si madame, je ne vais pas vous mettre une chemise sale après une toilette quand même. »
Je craque : je l’ouvre en rigolant : « On n’est pas dimanche ! » Dis-je…. (Oh la vilaine que je suis)
L’aide soignante se marre discrètement et dit : « ça doit être ça »
Je vous passe la toilette, c’est trop triste, j’ai les boules, et en même temps je me marre, étrange état d’esprit…. Je crois que j’ai dû piquer du nez…. Au moins j’ai pas attendu, j’ai dormi.
A un moment, ils viennent sortir la mémé pour m’en mettre une autre à mes côtés, je suis folle, une autre prend la place parce qu’elle vient d’arriver, alors on vire celle qui était avant, pour faire de la place. La valse des brancards recommence.
Et moi, j’ai tout simplement envie de faire pipi, je profite de la valse pour
demander, je refuse le bassin, et je dis que je peux me lever, je parlemente un
bon moment, mais ils n’insistent plus, ils ont eu raison, je n’aurais pas
lâché. Je n’ai jamais su utiliser un bassin, même au sortir du bloc après une
intervention……….
Bien m’en a pris, je vais le regretter, je sors avec ma perf à la main, et je
me retrouve dans le couloir, je tombe sur la momie parquée en épi.
Il y a encore plus de monde qu’avant, des gens qui arrivent, des dragons qui lèvent les yeux au ciel, et je cherche les toilettes, je les trouve, je fais un bond en arrière, c’est dégueulasse, la chasse n’est pas tirée, l’abattant est inondé de pisse.
Le sol, est plein de tâches, je suis dégoûtée. Alors, je
fais le ménage, avec leurs produits désinfectants, sans aucun scrupule, en me
servant dans leur matériel : et je
fais mes petites affaires. Je me sauve vite et je retourne dans mon box, pour
découvrir l’autre vieille…. et aussi peut être me cacher sous mes draps........................ pour ne plus rien voir.



