Le blog d'arwen

Journal d'une vie en devenir...

08 novembre 2007

Urgences 5 et fin !

Suite à cette promenade touristique, nous voilà dans l’ascenseur ; il est totalement  luxueux, tout miroite, bien astiqué et neuf , de plus on ne sent ni le départ ni l’arrivée, je croyais que l’ange déchu attendait quelque chose, mais non, nous sommes à destination.

Je rentre dans une pièce avec plein de machines inquiétantes, et comme il n’y a personne, la pouf me dit : « On vous laisse il va bien y avoir quelqu’un qui va venir »
Moi hypocrite, « Sans problème, allez y »

Dans ma tête : « C’est ça cassez vous, je vous ai assez vus ».

Et …………………………………………

Je n’attends pas !!!!!
 

Arrive une très jolie asiatique, qui me dit bonjour, sa voix est douce feutrée, elle se présente, et me demande de bien vouloir excuser une dizaine de minutes de retard, en raison de la stérilisation du matériel…. (quand je pense d’où il sort, je suis tout à fait d’accord).

Elle me dit qu’elle est infirmière, et que le médecin va arriver, mais qu’elle va tout m’expliquer…

Je vous épargne les détails, je risquerais d’être grossière ou d’en faire flipper quelques uns.
Je réagis à ma façon, car je sens en face de moi une femme intelligente. Et envers et contre tout ma curiosité scientifique est toujours là.
 

« Vous savez, pour reculer le seuil de la douleur, et faciliter l’examen, cela m’intéresserait de suivre la coloscopie sur l’écran, et de bénéficier d’explications en plus, je sens que cela m’aidera et vous aurez tout à y gagner. » (Tiens en plus je deviens manipulatrice !)

Elle me demande ma profession, ^_^ , sourit, et me rassure du mieux qu’elle le peut, mais je n’ai même pas peur, la douleur physique me paraît superficielle par rapport à toute la détresse humaine que j’ai vue dans ce couloir….

Et cet examen en principe, me rapproche de la sortie, si rien de grave ne se révèle, alors je suis pressée.
J’en profite pour lui demander si on dit coloscopie ou colonoscopie, et j’apprends qu’on peut dire les deux.

Elle me dit ensuite qu’une fibroscopie se fait allongée sur le côté droit, et une colo sur le côté gauche.
Moi : « C’est un code pour ne pas vous tromper d’orifice ? » Elle se marre… On a un bon feeling toutes les deux.
 

Le médecin arrive, une nana super cool, en jean sous sa blouse, nature, simple, avec à ses côtés un externe qui se prend plus au sérieux qu’elle. Elle se présente etc….

L’infirmière lui dit « Madame aimerait suivre sur l’écran et que nous lui expliquions, elle pense que cela lui permettra de mieux supporter la douleur, et une coloscopie plus longue »

Le médecin, « Vous faites quoi dans la vie madame ? »

Moi : « Professeur des écoles »

-aaaaaaaaaaaaaah fait le médecin

- aaaaaaaaaaaaaaaah fait l’interne

 

Et c’est parti !!!!!!

 

« N’ayez pas peur de la longueur du tuyau madame, pour une colo sans anesthésie, on ne met pas tout…. » 

En gros et en décodé « Vous allez vous faire entuber mais pas de la totalité. » (admirez ma politessse, à quel point je m’interdis de prononcer ce fameux mot )

Arggggggggggg. Et en plus je me marre, c’est un peu comique.

 

C’est la vaste enculade ( je craque je le dis) médicale légitime et scientifique, je suis écroulée de rire.
 

Tournez vous, (allez ma grosse présente leur tes fesses), et je rive mes yeux sur l’écran, j’y vois un gros plan sur le ventre du toubib, car elle tient le tube face à elle, puis je vois :

- une grosse boule rose

- une deuxième grosse boule rose

- une raie entre les deux

 

Et je comprends : « Mais ce sont mes fesses !!!! » Eh oui, on ne se voit pas de dos, je vous assure que ça vaut le voyage, je suis morte de rire.

Le voyage au fond des voies conductrices de ………….commence …..

C’est génial, elles m’expliquent tout, je m’accroche quand j’ai mal, c’est trop passionnant, comme dans un film.

Je peux visiter mon corps, un peu inquiète à la vue d’une zone pas bien belle, surtout quand elle me dit « Bon là, je fais une biopsie » Mais je suis tellement intéressée que le record est battu, ne pouvant  aller plus loin sans anesthésie générale, le médecin m’annonce la nécessité d’une colo /colono scopie totale sous anesthésie.

Mais vous le ferez en clinique me dit le médecin avec un sourire bien doux ….
 

Elle est vraiment consciente et honnête. Mais de toute façon je n’avais pas besoin de son conseil, c’est tout de même un sacré aveu, ou un désaveu du CHU. Et de son humanité qu’elle fait passer avant son étiquette, chapeau docteur.
 

Quand je suis débarrassée de ce qui m’habitait, elle me prend l’épaule, et avec un air rieur me dit « Vous pouvez péter…. »

Je me roule sur le brancard tellement je me marre,  et je dis « c’est bien la première fois qu’on me dit ça !!! »

Je suis pétée de rire, c’est le cas de le dire : pardon … ^^

 

Et partie à déconner je ne peux m’empêcher de dire :
« Par simple curiosité et sans vouloir être grossière, vous m’avez entubée au sens propre du terme de combien de centimètres ? »

Rigolade générale, « oh pas mal, 65cm »

 
Le médecin me dit

« Il faudrait que je vous garde pour vous faire tout ça demain et vous garder en observation, mais je n’ai plus de place »

 

Mon dieu, quelle mauvaise nouvelle !
Je jubile,

« Pas de problème, je me casse, je vais être sage, rentrer maison… »

- Vous avez un mari pour venir vous chercher, vous n’êtes pas seule ?

- Plus de mari, j’en ai viré deux, mais j’ai des enfants géniaux, et ce sont des adultes.

 
Bon (elle se marre), je vous laisse rentrer chez vous…

 

« OUAIS SUPER !!! » Le cri du cœur, elle me regarde,

-Eh oui dis-je, les urgences c’est l’horreur, je veux rentrer chez moi.
J’écoute docilement ses recommandations, mais je suis déjà partie.
 

On vient me chercher, l’infirmière a téléphoné pour signaler mon départ pour que je puisse me barrer plus vite ; je suis hystérique de joie.
 

Deux autres brancardiers viennent me chercher, je leur dis que je me casse, que je ne pense plus qu’à mon canapé, à mon déca expresso et à ma clop. Et on papote. Je les préviens, que dès que j’arrive je m’habille, même avec la perf.

Arrivée, je me lève , je saute sur mes fringues, eux vont prévenir les infirmières que je suis sortante, encore deux complices, ils reviennent dans mon box pour me dire qu’ils ont fait le nécessaire, mais je suis déjà en train de me battre avec ma perf et mon sous tif. Ils se marrent.
 

Moi je galère avec le fils de la perf et mes fringues, mais motivée je suis.
Une fois prête, je sors dans le couloir,

Ça y est : je suis moi, pas un numéro, j’ai retrouvé ma dignité, je marche la tête droite jusqu’au bureau des infirmières qui discutent au lieu de s’occuper des momies.

Je fais ma niaise : « Excusez moi de vous déranger, mais je vais téléphoner à mon fils pour qu’il vienne me chercher, et j’ai encore ma perf. »
 

On arrive me disent-ils.

De retour dans mon box, la petite momie, que j’avais comme nouvelle, a disjoncté, marre d’attendre, comme je la comprends, elle s’est foutue à poil, elle a arraché sa perf, il y a du sang partout, alors je fonce , je retraverse le couloir, et je fais irruption dans le bureau sans frapper, je gueule, pour leur expliquer, et je repars en claquant les talons.
 

Je me précipite vers la petite vieille, je la recouvre, je la regarde, là je suis plus forte, je regarde son corps si vieux, avec un petit temps d’appréhension je l’avoue : mais non, il est tout mignon, rose, lisse, je suis étonnée, je la recouvre, je veux qu’elle garde sa dignité, je la borde, et je la rassure en lui parlant doucement, c’est la moindre des choses, elle vient de me réconcilier avec la vieillesse.
 

Ils arrivent et s’occupent d’elle, ils commencent à l’engueuler, mais je m’y mets, alors ils se calment, tant mieux parce que là, je suis redevenue moi, et je me serais fait un plaisir de gueuler encore plus et sur tout.

Mais j’ai envie de me casser.

On vient m’enlever la perf, c’est la boucherie, je me fais un point de compression, et je prends le sparadrap des mains du mec….

Je les préviens que je vais dans le hall téléphoner, boire un café et ……… fumer. Ils me laissent partir, je crois qu’ils ont compris…

Bizarre, j’ai même pas fini ma clop qu’ils se déplacent jusqu’au hall pour me donner les papiers de sortie.

 

Auraient-ils envie de se débarrasser de moi ?

Ça tombe bien c’est réciproque.

Je sors … dehors, je respire : l’air, la fumée de ma clop, je papote avec des gens comme j’étais il y a quelques heures, arrive ma petite voiture, conduite par L, mon Rhalph descend pour se mettre à l’arrière, je m’emmêle dans ses cheveux pour lui faire un bisou, sentir son odeur, celle de la vie, celle de l’amour.

 

Je suis HEUREUSE.

 

A la maison, devinez : je me mets sur mon canapé avec mon expresso, et une part copieuse de crumble, je serai raisonnable demain.
Je mets mes pieds sur la table basse, j’aspire goulûment la fumée, je raconte en gros le drôle à L pendant que Rhalph finit de paramétrer mon écran, pour que je puisse bloguer…

Eh oui, j’ai un pc tout formaté, tout boosté, trop mignons.
 

Et je les fous dehors, qu’ils aillent s’amuser, je vais bien, ils ne voulaient pas sortir. Ils ne voulaient pas me laisser seule, je leur dis d’aller vivre leur vie, que j’ai tout ce qu’il me faut.
 

C’est étonnant, comme des choses qui peuvent dans notre routine nous sembler fastidieuses, prennent soudainement un aspect fantastique suite à une épreuve. Mon clic clac de premier prix, et ma part de gâteau sont un morceau de paradis.

Et bien les amours ils sont allés se chercher du Quick et sont revenus avec pour ne pas me laisser seule.
En 5 minutes des enfants me donnent plus d’amour que toute une équipe médicale réunie en douze heures.
 

Et vous savez quoi, je ne retiens de cette journée que le plus comique, je continue à me marrer, en dégustant mon café, et ma clop, et en regardant mon salon, des murs propres, nets c’est chaud agréable…
Que je suis bien, je crois que je n’ai jamais été aussi bien.

Je me refais un expresso, déca, trop bon, et je reprends du crumble, et je refume, le tout avec une délectation sans nom.

 

Comme quoi il faut du contraste pour apprécier le quotidien…..

Posté par _arwen_ à 20:53 - Commentaires [35] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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