Le blog d'arwen

Journal d'une vie en devenir...

08 novembre 2007

Urgences 5 et fin !

Suite à cette promenade touristique, nous voilà dans l’ascenseur ; il est totalement  luxueux, tout miroite, bien astiqué et neuf , de plus on ne sent ni le départ ni l’arrivée, je croyais que l’ange déchu attendait quelque chose, mais non, nous sommes à destination.

Je rentre dans une pièce avec plein de machines inquiétantes, et comme il n’y a personne, la pouf me dit : « On vous laisse il va bien y avoir quelqu’un qui va venir »
Moi hypocrite, « Sans problème, allez y »

Dans ma tête : « C’est ça cassez vous, je vous ai assez vus ».

Et …………………………………………

Je n’attends pas !!!!!
 

Arrive une très jolie asiatique, qui me dit bonjour, sa voix est douce feutrée, elle se présente, et me demande de bien vouloir excuser une dizaine de minutes de retard, en raison de la stérilisation du matériel…. (quand je pense d’où il sort, je suis tout à fait d’accord).

Elle me dit qu’elle est infirmière, et que le médecin va arriver, mais qu’elle va tout m’expliquer…

Je vous épargne les détails, je risquerais d’être grossière ou d’en faire flipper quelques uns.
Je réagis à ma façon, car je sens en face de moi une femme intelligente. Et envers et contre tout ma curiosité scientifique est toujours là.
 

« Vous savez, pour reculer le seuil de la douleur, et faciliter l’examen, cela m’intéresserait de suivre la coloscopie sur l’écran, et de bénéficier d’explications en plus, je sens que cela m’aidera et vous aurez tout à y gagner. » (Tiens en plus je deviens manipulatrice !)

Elle me demande ma profession, ^_^ , sourit, et me rassure du mieux qu’elle le peut, mais je n’ai même pas peur, la douleur physique me paraît superficielle par rapport à toute la détresse humaine que j’ai vue dans ce couloir….

Et cet examen en principe, me rapproche de la sortie, si rien de grave ne se révèle, alors je suis pressée.
J’en profite pour lui demander si on dit coloscopie ou colonoscopie, et j’apprends qu’on peut dire les deux.

Elle me dit ensuite qu’une fibroscopie se fait allongée sur le côté droit, et une colo sur le côté gauche.
Moi : « C’est un code pour ne pas vous tromper d’orifice ? » Elle se marre… On a un bon feeling toutes les deux.
 

Le médecin arrive, une nana super cool, en jean sous sa blouse, nature, simple, avec à ses côtés un externe qui se prend plus au sérieux qu’elle. Elle se présente etc….

L’infirmière lui dit « Madame aimerait suivre sur l’écran et que nous lui expliquions, elle pense que cela lui permettra de mieux supporter la douleur, et une coloscopie plus longue »

Le médecin, « Vous faites quoi dans la vie madame ? »

Moi : « Professeur des écoles »

-aaaaaaaaaaaaaah fait le médecin

- aaaaaaaaaaaaaaaah fait l’interne

 

Et c’est parti !!!!!!

 

« N’ayez pas peur de la longueur du tuyau madame, pour une colo sans anesthésie, on ne met pas tout…. » 

En gros et en décodé « Vous allez vous faire entuber mais pas de la totalité. » (admirez ma politessse, à quel point je m’interdis de prononcer ce fameux mot )

Arggggggggggg. Et en plus je me marre, c’est un peu comique.

 

C’est la vaste enculade ( je craque je le dis) médicale légitime et scientifique, je suis écroulée de rire.
 

Tournez vous, (allez ma grosse présente leur tes fesses), et je rive mes yeux sur l’écran, j’y vois un gros plan sur le ventre du toubib, car elle tient le tube face à elle, puis je vois :

- une grosse boule rose

- une deuxième grosse boule rose

- une raie entre les deux

 

Et je comprends : « Mais ce sont mes fesses !!!! » Eh oui, on ne se voit pas de dos, je vous assure que ça vaut le voyage, je suis morte de rire.

Le voyage au fond des voies conductrices de ………….commence …..

C’est génial, elles m’expliquent tout, je m’accroche quand j’ai mal, c’est trop passionnant, comme dans un film.

Je peux visiter mon corps, un peu inquiète à la vue d’une zone pas bien belle, surtout quand elle me dit « Bon là, je fais une biopsie » Mais je suis tellement intéressée que le record est battu, ne pouvant  aller plus loin sans anesthésie générale, le médecin m’annonce la nécessité d’une colo /colono scopie totale sous anesthésie.

Mais vous le ferez en clinique me dit le médecin avec un sourire bien doux ….
 

Elle est vraiment consciente et honnête. Mais de toute façon je n’avais pas besoin de son conseil, c’est tout de même un sacré aveu, ou un désaveu du CHU. Et de son humanité qu’elle fait passer avant son étiquette, chapeau docteur.
 

Quand je suis débarrassée de ce qui m’habitait, elle me prend l’épaule, et avec un air rieur me dit « Vous pouvez péter…. »

Je me roule sur le brancard tellement je me marre,  et je dis « c’est bien la première fois qu’on me dit ça !!! »

Je suis pétée de rire, c’est le cas de le dire : pardon … ^^

 

Et partie à déconner je ne peux m’empêcher de dire :
« Par simple curiosité et sans vouloir être grossière, vous m’avez entubée au sens propre du terme de combien de centimètres ? »

Rigolade générale, « oh pas mal, 65cm »

 
Le médecin me dit

« Il faudrait que je vous garde pour vous faire tout ça demain et vous garder en observation, mais je n’ai plus de place »

 

Mon dieu, quelle mauvaise nouvelle !
Je jubile,

« Pas de problème, je me casse, je vais être sage, rentrer maison… »

- Vous avez un mari pour venir vous chercher, vous n’êtes pas seule ?

- Plus de mari, j’en ai viré deux, mais j’ai des enfants géniaux, et ce sont des adultes.

 
Bon (elle se marre), je vous laisse rentrer chez vous…

 

« OUAIS SUPER !!! » Le cri du cœur, elle me regarde,

-Eh oui dis-je, les urgences c’est l’horreur, je veux rentrer chez moi.
J’écoute docilement ses recommandations, mais je suis déjà partie.
 

On vient me chercher, l’infirmière a téléphoné pour signaler mon départ pour que je puisse me barrer plus vite ; je suis hystérique de joie.
 

Deux autres brancardiers viennent me chercher, je leur dis que je me casse, que je ne pense plus qu’à mon canapé, à mon déca expresso et à ma clop. Et on papote. Je les préviens, que dès que j’arrive je m’habille, même avec la perf.

Arrivée, je me lève , je saute sur mes fringues, eux vont prévenir les infirmières que je suis sortante, encore deux complices, ils reviennent dans mon box pour me dire qu’ils ont fait le nécessaire, mais je suis déjà en train de me battre avec ma perf et mon sous tif. Ils se marrent.
 

Moi je galère avec le fils de la perf et mes fringues, mais motivée je suis.
Une fois prête, je sors dans le couloir,

Ça y est : je suis moi, pas un numéro, j’ai retrouvé ma dignité, je marche la tête droite jusqu’au bureau des infirmières qui discutent au lieu de s’occuper des momies.

Je fais ma niaise : « Excusez moi de vous déranger, mais je vais téléphoner à mon fils pour qu’il vienne me chercher, et j’ai encore ma perf. »
 

On arrive me disent-ils.

De retour dans mon box, la petite momie, que j’avais comme nouvelle, a disjoncté, marre d’attendre, comme je la comprends, elle s’est foutue à poil, elle a arraché sa perf, il y a du sang partout, alors je fonce , je retraverse le couloir, et je fais irruption dans le bureau sans frapper, je gueule, pour leur expliquer, et je repars en claquant les talons.
 

Je me précipite vers la petite vieille, je la recouvre, je la regarde, là je suis plus forte, je regarde son corps si vieux, avec un petit temps d’appréhension je l’avoue : mais non, il est tout mignon, rose, lisse, je suis étonnée, je la recouvre, je veux qu’elle garde sa dignité, je la borde, et je la rassure en lui parlant doucement, c’est la moindre des choses, elle vient de me réconcilier avec la vieillesse.
 

Ils arrivent et s’occupent d’elle, ils commencent à l’engueuler, mais je m’y mets, alors ils se calment, tant mieux parce que là, je suis redevenue moi, et je me serais fait un plaisir de gueuler encore plus et sur tout.

Mais j’ai envie de me casser.

On vient m’enlever la perf, c’est la boucherie, je me fais un point de compression, et je prends le sparadrap des mains du mec….

Je les préviens que je vais dans le hall téléphoner, boire un café et ……… fumer. Ils me laissent partir, je crois qu’ils ont compris…

Bizarre, j’ai même pas fini ma clop qu’ils se déplacent jusqu’au hall pour me donner les papiers de sortie.

 

Auraient-ils envie de se débarrasser de moi ?

Ça tombe bien c’est réciproque.

Je sors … dehors, je respire : l’air, la fumée de ma clop, je papote avec des gens comme j’étais il y a quelques heures, arrive ma petite voiture, conduite par L, mon Rhalph descend pour se mettre à l’arrière, je m’emmêle dans ses cheveux pour lui faire un bisou, sentir son odeur, celle de la vie, celle de l’amour.

 

Je suis HEUREUSE.

 

A la maison, devinez : je me mets sur mon canapé avec mon expresso, et une part copieuse de crumble, je serai raisonnable demain.
Je mets mes pieds sur la table basse, j’aspire goulûment la fumée, je raconte en gros le drôle à L pendant que Rhalph finit de paramétrer mon écran, pour que je puisse bloguer…

Eh oui, j’ai un pc tout formaté, tout boosté, trop mignons.
 

Et je les fous dehors, qu’ils aillent s’amuser, je vais bien, ils ne voulaient pas sortir. Ils ne voulaient pas me laisser seule, je leur dis d’aller vivre leur vie, que j’ai tout ce qu’il me faut.
 

C’est étonnant, comme des choses qui peuvent dans notre routine nous sembler fastidieuses, prennent soudainement un aspect fantastique suite à une épreuve. Mon clic clac de premier prix, et ma part de gâteau sont un morceau de paradis.

Et bien les amours ils sont allés se chercher du Quick et sont revenus avec pour ne pas me laisser seule.
En 5 minutes des enfants me donnent plus d’amour que toute une équipe médicale réunie en douze heures.
 

Et vous savez quoi, je ne retiens de cette journée que le plus comique, je continue à me marrer, en dégustant mon café, et ma clop, et en regardant mon salon, des murs propres, nets c’est chaud agréable…
Que je suis bien, je crois que je n’ai jamais été aussi bien.

Je me refais un expresso, déca, trop bon, et je reprends du crumble, et je refume, le tout avec une délectation sans nom.

 

Comme quoi il faut du contraste pour apprécier le quotidien…..

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07 novembre 2007

Urgences 4

Je rentre donc dans mon box.

L’autre vieille dame, ils ne lui ont pas retiré son dentier, et pour cause, elle a des dents de cheval, des vraies de vraies, je m’attends à ce qu’elle se mette à hennir, mais non, elle souffle, elle a certainement un problème respiratoire, je ne comprends rien à ce qu’elle dit par contre, non pas parce qu’elle s’exprime mal, mais parce qu’elle n’a plus toute sa tête…. Par contre, elle a toutes ses dents…..

 

« Ô vieillesse ennemie, que n’ais-je tant vécu que pour cette infamie ! »

 

On vient l’examiner, apparemment son problème, c’est un œdème des jambes, donc on vient à plusieurs reprises lui examiner ses jambes, et moi on me laisse dans mon coin.

Je n’ai pas envie de me manifester, l’état second semi comateux dans lequel je suis me fait une sorte de bouclier, dont je me sers pour me protéger de ce qui m’entoure.


Entre deux visites, je somnole, mais je suis inquiétée par sa respiration, elle fait de parfois des petits arrêts, et des petites convulsions, alors je la surveille du coin de l’oreille….. Je suis parfois très inquiète, et je me lève un peu pour la regarder.

Un jeune homme vient la voir, et je ne peux pas m’empêcher de l’ouvrir :

« Elle souffle comme une asthmatique, et parfois dans son sommeil, sa respiration s’arrête, et elle a des petites convulsions. Cela m’inquiète. »

Il me regarde, et se demande à qui il a affaire, mais il voit bien que je n’ai pas envie de rigoler, et il sort à temps, car  j’allais gueuler, parce qu’ils la laissent sans surveillance…

Il revient peu de temps après, et s’occupe d’elle, il lui écoute les bronches, la redresse, lui donne de la ventoline, et lui demande si elle a souvent du mal à respirer, elle dit que c’est parce qu’elle a une bronchite…. Alors il lui répond : « Les antibiotiques qu’on vous donne pour votre jambe vont vous aider pour vos bronches. »
 

Putain ! Pas capables de gérer deux problèmes de santé sur une seule personne, et si j’avais rien dit, là je suis en colère intérieurement, je rugis. Il se tourne vers moi en partant et me remercie, j’en profite pour lui dire que j’aimerais bien qu’on s’occupe un peu de moi…..

Eh oui, je craque, moi aussi je suis mal, même si je suis sage, là je ne peux plus.
C’est vrai, quoi, je suis secouriste, mais je suis là parce que je suis malaaaaaaaade !!!

 
J’attends …..

L’infirmière jolie et gentille qui m’avait posée ma perf, vient me voir, elle m’annonce que je vais passer une colonoscopie (du coup je sais plus si on dit colo ou colono), mais comme elle est cool, je ne dis rien. Elle m’annonce les joies de la préparation, et je revisualise leurs chiottes dégueulasses, je flippe, « Pas ici j’espère ! » non me répond-elle cela se fera ailleurs. Je suis soulagée, elle ressort.
 

Et j’attends….

Une aide soignante entre, celle qui avait fait la toilette de l’édentée, et qui est à médailler :

« Vous n’avez pas froid ? » Si dis-je, en claquant des dents,( être à jeun, ne réchauffe pas physiquement, et ce que je vois, me glace mentalement.)

« Attendez, je vais vous refaire votre lit, je vais vous apporter une couverture ; »

Elle part, et revient,  et me bichonne, ça me fait du bien, j’étais gelée, 24h sans manger, ça fragilise. Elle retape mon lit en s’excusant d’être maniaque, je lui dis qu’ici c’est une grande qualité. Et comme elle est super, elle me demande si c’est mon choix d’avoir le néon dans la figure, je lui dis que non, alors elle me met dans la pénombre….

Oh bonheur !!! Un peu d’humanité, le moral revient. Je somnole, interrompue de temps en temps par les essoufflements de ma compagne d’infortune.

 

Et devinez quoi, une autre momie arrive ! Et c’est moi qui dégage, je me retrouve dans le couloir, un énorme néon dans la figure… Un aide soignant dit au dragon qui m’a virée, qu’ils pourraient me remettre dans la « chambre », non dit elle, après je ne vais pas pouvoir bouger.
Bref, là ça commence à être dur….Je me recroqueville sur moi-même, j’entre en introversion, pas bon, mais là ya de quoi….


Un infirmier vient me sortir de ma torpeur : « Vous êtes Madame…. ? » Oui, dis-je. « J’ai un cadeau pour vous », Il brandit le lavement très content de sa blague.

« Vous parlez d’un cadeau, » dis-je,  « mais bon allez y dites moi tout je ne suis plus à ça près. »

Et il me dit que je dois me lever, aller faire ça dans le coin immonde, avec ma tenue ridicule, en passant devant tout le monde comme ça…

Je dis gentiment, « c’est un peu à la fortune du pot »

Et il m’engueule : « on n’est pas à l’hôtel ici madame »

 

Et il se barre….. Je suis clouée sur place. Avant de craquer, là je sens que ça vient, je me lève et je fais ce qu’il me demande. Et je retourne sur mon parking.

Là je craque, sa réflexion ne passe pas, évidemment qu’on est pas à l’hôtel ici connard. Si c’était le cas, je t’aurais envoyé ton cadeau dans la gueule, et je me serais barrée sans payer.

Je me cache dans les draps, et je pleure, j’en ai marre, on m’a humiliée, ça commence à faire trop…. J’’envoie un texto à Rhalph du genre « j’en ai maaaaaaaaaaaarre »
 

Il me répond qu’ils sont en train de faire une maison toute propre, et un pc tout neuf pour moi.. Trop mignon, j’en pleure encore plus.

Eh oui, le contraste entre l’amour qui règne chez moi, et l’inhumanité de ce lieu me saute encore plus à la figure.

Mais je me vide en restant cachée sous mes draps, le portable aussi est caché, il ne manquerait plus que ça, que je n’ai plus de lien avec l’extérieur.

 

Ma fille veut venir, je lui dis que ce n’est pas possible, hors de question qu’elle voie ça.

Je finis par m’endormir en me souvenant que la colo est prévue à 17h, il n’est que 15h30.

(J’avais oublié qu’un téléphone portable pouvait donner l’heure.)

Cela fait donc 6 heures que j’attends !!!!!!!!!! Et ce n'est pas fini.

 

Une infirmière de l’équipe du soir vient se présenter et me dire bonjour, je la remercie de me dire bonjour, en lui disant que ce n’est pas la priorité ici. Je lui dis que j’ai une colo prévue à 17h ! « Intéressant dit-elle, il est 16h50 et je ne suis pas au courant, je vais voir ça. »

Ah non, je ne veux pas manquer ce rendez-vous pour attendre encore plus, je me suis assez préparée mentalement pour leur colo / colono sans anesthésie !

Et j’attends en me disant qu’il ne faut pas qu’ils m’aient oubliée, je veux me casser, ou savoir au moins pourquoi je suis malade.

Arrive avec un brancard, un ange blond….

Une beauté incroyable . Je suis scotchée. Il a tout de parfait, les cheveux, les yeux, la peau, la stature, je cherche une erreur, je ne la trouve pas. Cela me sidère, tant de beauté….

Un peu de mouvement autour de moi…

Une dame blonde souriante s’approche de moi, « on vient vous chercher pour un examen »…

Eh oui je sais grosse pouffe blonde, que tu ne viens pas me chercher pour m’emmener à l’hôtel !!!!

Je commence vraiment à saturer.

Mentalement je gueule, j’en ai plus qu’assez. Holà, il est temps que ça se termine, et devinez qui est le brancardier ?

Le bel ange blond !!! On m’installe, il me couvre méticuleusement avec une couverture assortie au bleu de ses yeux, je trouve l’imperfection à force de l’observer…. Il fait la gueule ! ça gâche tout.

Qu’il la garde sa gueule d’amour !! Et qu’il m’embarque et qu’on en finisse…

Là j’hallucine, l’hôpital n’a pas prévu de liaison entre les bâtiments, ils me mettent dans une ambulance, je vois deux minutes de ciel, pour m’emmener à la colo…………scopie…

Le moteur démarre, et c’est parti……

 

Et nous voilà partis, l’ange blond est au volant et la pouf blonde à mes côtés, mais je suis tellement contente de faire un tour, que je finis par la trouver sympa. Elle est con, mais au moins, elle sourit….

Le voyage me paraît long, il est grand quand même ce CHU, et pas que dans l’absurde, dans l’architecture aussi, quoique, l'absurde me semble régner en maître, j’ai besoin de ce mauvais esprit, ça me soulage.

 

L’ambulance s’arrête, l’ange blond avec sa sale gueule d’amour, mais vraiment belle, ouvre la porte, me descend, enfin le brancard, avec moi dessus, il ne me tire pas une balle dans la tête…. Même si sa jolie petite gueule montre qu’il s’emmerde….

Je sens que je roule, et me voilà dans un bâtiment propre, neuf, luxueux, je m’exclame malgré moi : mais c’est plus fort que moi : « ça change des urgences, c’est neuf, c’est propre, et c’est beau »
 

Je sens qu’ils n’apprécient pas ma réflexion, mais je m’en fous, et pourtant, si je me marre intérieurement, je pars pour une colo, je devrais être morte d’angoisse, mais le contraste me fait tellement plaisir, que je suis toute souriante et ……. Un peu narquoise… beaucoup même.
 

Nous voilà dans un ascenseur, et je lis les plaques, « salle de réunion, gastroentérologie, cadres supérieurs » Hé hé, tout s’explique, voilà pourquoi c’est beau, c’est pour les chefs, pour eux le cadre est magnifique, carrément luxueux, pour les pauvres bougres qui débarquent aux urgences, c’est l’apocalypse. « Ferme ta grande gueule » me dis-je, et je me tais mais dans ma tête de blonde le sarcasme pulse de plus en plus.

 

Posté par _arwen_ à 11:44 - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

05 novembre 2007

Urgences 3

J’attends, et j’entends …

 
La petite momie continue sa LI-A-IEUUUUUUUH

Rhoooooooo je suis affreuse, oups pardon j’ai des dents moi, sa litanie, avec quelques variantes, ça donne un truc du genre :

« SI- OU- AIT- AI- FIII,- A- ABUS- AN -ËËEUUUUUUUUUUUUUH ! »

 
Entre une aide-soignante, je l’appelle par ce mot car elle, elle est digne de le porter, elle s’adresse à la dame, et je lui fais gagner du temps en lui disant l’essentiel, j’oublie volontairement le « ya d’labus », même si je cautionne….

Elle vient vers moi, et me dit : « Je vais déplacer votre lit (ouais on va appeler ça un lit), il faut que je m’occupe de la dame, et j’ai besoin de la mettre près du lavabo. »

Et là, commence la valse des brancards, sans la musique, dommage ça aurait été plus gai. Elle me pousse dans un coin, braque à gauche, elle pousse la vieille, braque à droite, et re et re petit patapon.
 

Je me retrouve de l’autre côté du box /chambre sur mon lit brancard, avec la momie de l’autre côté, près du lavabo.
 

« Je vais vous faire votre toilette, madame, », elle est pas d’accord la mémé, elle bougonne, pardon, elle « BOU HONNEU »

Je me retourne face au mur, par respect pour la personne, et aussi parce que je n’ai pas envie de voir la vieillesse de trop près. Et puis, je commence à être dans les choux et la douleur revient. Mais j’entends.
 

« Si madame, je vais vous laver ça va vous faire du bien, vous comprenez, depuis hier quand même, il faut bien que vous fassiez un brin de toilette ! »
 

Je frémis ! Elle poirotte depuis hier la pauvre ! Je me demande ce qui m’attend, mais ils m’ont enlevé ma montre. ( ça doit être volontaire, ils enlèvent de quoi nous repérer dans le temps, quoique, ça vaut peut être mieux ) !

« Et puis on va enlever la chemise, parce qu’après je vais vous en mettre une propre »

La vielle proteste, dit : « E- A- A- AINE »

- mais si madame, je ne vais pas vous mettre une chemise sale après une toilette quand même. »

Je craque : je l’ouvre en rigolant : « On n’est pas dimanche ! » Dis-je…. (Oh la vilaine que je suis)

L’aide soignante se marre discrètement et dit : « ça doit être ça »

Je vous passe la toilette, c’est trop triste, j’ai les boules, et en même temps je me marre, étrange état d’esprit…. Je crois que j’ai dû piquer du nez…. Au moins j’ai pas attendu, j’ai dormi.

A un moment, ils viennent sortir la mémé pour m’en mettre une autre à mes côtés, je suis folle, une autre prend la place parce qu’elle vient d’arriver, alors on vire celle qui était avant, pour faire de la place. La valse des brancards recommence.


Et moi, j’ai tout simplement envie de faire pipi, je profite de la valse pour demander, je refuse le bassin, et je dis que je peux me lever, je parlemente un bon moment, mais ils n’insistent plus, ils ont eu raison, je n’aurais pas lâché. Je n’ai jamais su utiliser un bassin, même au sortir du bloc après une intervention……….


Bien m’en a pris, je vais le regretter, je sors avec ma perf à la main, et je me retrouve dans le couloir, je tombe sur la momie parquée en épi.

Il y a encore plus de monde qu’avant, des gens qui arrivent, des dragons qui lèvent les yeux au ciel, et je cherche les toilettes, je les trouve, je fais un bond en arrière, c’est dégueulasse, la chasse n’est pas tirée, l’abattant est inondé de pisse.

Le sol, est plein de tâches, je suis dégoûtée. Alors, je fais le ménage, avec leurs produits désinfectants, sans aucun scrupule, en me servant dans leur matériel :  et je fais mes petites affaires. Je me sauve vite et je retourne dans mon box, pour découvrir l’autre vieille…. et aussi peut être me cacher sous mes draps........................ pour ne plus rien voir.

 

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01 novembre 2007

Urgences 2

Donc j’attendais sur ce pseudo lit à roulettes.

On vient me voir, et on me demande qui je suis.. Je trouve que c’est pas mal….. J’avoue que la douleur, et la lassitude font peu à peu place à un cynisme assez vif, mais que je garde pour moi.
 

Qui je suis ? Je décline mon identité à nouveau, et là il me semble que je suis un peu moins un numéro, mais toujours parquée en épi. Sauf que contrairement aux voitures, je n’ai pas de carrosserie, je suis à nu, comme tous les autres, et c’est difficile à vivre, trop empathique de nature, cela m’éprouve autant pour moi que pour toutes ces personnes âgées. Agées, dirais-je, c’est un euphémisme.

Un canon de chez canon, un externe de 23 ans à tout casser, vient se présenter, et me dit qu’il va me prendre en charge avant l’interne de service. Youpee, on va s’occuper de moi, il est déjà 10h.  Je reprends mon sourire.

Mais il s’en va, et …………. J’attends….longtemps encore .

 

Il revient plus tard, et j’entends une voix féminine dire dans mon dos, (féminine est beaucoup dire) à mon canon d’externe.

« On va la mettre au 1, mais il faut que je fasse de la place », je comprends dans ma tête de blonde que c’est vraiment le bordel. Le jeune homme me dit qu’il va me mettre dans une pièce pour pouvoir s’occuper de moi… Ya intérêt, il va pas m’examiner sur le parking quand même ! Surtout vu que je suis là pour des hémorragies intestinales ! Et pas de carrosserie, pas de rideau, rien !
 

Alors, devinez, ils prennent un vieille agonisante de la chambre 1 (chambre est beaucoup dire on devrait dire box, vous savez là où on met les chevaux….), ils sortent la pauvre mémère, la parquent dans le couloir, et m’installent à côté d’une autre agonisante…

Je suis à la fois soulagée pour moi, et culpabilisée qu’une très vieille dame soit parquée pour moi au vu de tous.

Sic ! Je pense à mes fils qui diraient ‘ça sent le formol ici », mais je n’ai pas le temps de trop y penser, on vient me voir, il faut que je me déshabille, et pour mes fringues adorées, on me donne un sac poubelle blanc, certes, mais un sac poubelle quand même.

Tant pis pour l’hygiène, mes bottes, doivent être dans le même sac que les vêtements qui touchent ma peau, ça commence bien.
L’aide soignante emballe comme elle peut, c'est-à-dire qu’elle ratatine mon manteau sur mes bottes et le reste est enfourné de force, je suis ravie…. Surtout quand elle me dit de passer une espèce de chemise qui s’attache derrière, et pas jusqu’en bas, donc si je me lève, on verra mes fesses, super !!!!

Je suis de plus en plus contente, et j’ai envie d’ouvrir ma grande gueule, alors je m’engueule, et je me dis « tais-toi !!! »

 

Le jeune homme revient, je dois refaire un exposé de la situation, heureusement qu’il est beau et gentil, et raffiné, trop jeune pour moi, mais bon j’ai bien le droit d’admirer le beau, parce que dans ce couloir, c’est une denrée rare.

Il m’annonce une fibroscopie de l’estomac, je suis étonnée, et je sais qu’il se plante, mais bon pas grave, je le laisse m’examiner, et il s’en va, et j’attends…….

 

On vient me poser une perf, ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh !!!

Une infirmière souriante, et douce, je lui demande de me patcher, j’avais amené ce qu’il fallait, car je sentais l’envie de fumer monter, et la mauvaise humeur avec…. On papote gentiment le temps de la perf très laborieuse car ma grande gueule est inversement proportionnelle à mes veines, ça dure un bon moment, mais elle finit par y arriver, quoique ….. Il faut que je garde ma main positionnée d’une certaine façon sinon ça fuit…. Bon je ne dis rien et la charmante dame s’en va, et devinez ?????

 

J’attends….

 

Cela va durer des heures, j’observe à côté de moi la vieille dame, une petite momie, qui soliloque, avec peine, car on a dû lui enlever son dentier, ça doit faire partie du déshabillage au CHU, un dragon entre, et lui dit ou plutôt lui aboie « je ne comprends pas madame ce que vous dites » Je me marre, normal, elle n’a plus de dents la pauvre, et un pied dans la tombe. Et je m’engueule encore « Tais-toi ! »

Le dragon ressort, énervée, il ne lui manque plus que des flammes sortant de ses narines.

 

J’écoute la mémé, elle dit un truc du genre « SI- OU- PAI -ENVI –DAER- AU- CAHINE » Eh eh moi je la comprends, c’est vrai c’est comme les mômes qui n’arrivent pas à articuler, à force l’oreille s’aiguise. Elle a envie d’aller pisser, la pauvre.

 

Elle répète sa litanie un nombre incalculable de fois, et je la comprends de mieux en mieux, à la fin elle rajoute « YA- L- ABUS-  AN- AIME »

 

Mon cynisme monte et monte, mais pas à l’encontre de cette dame, plutôt vis-à-vis de la situation en général.

 

Le dragon revient, je fais l’interprète, je dis : « Elle a envie d’aller aux cabinets, et elle a même dit s’il vous plaît » (J’ai craqué, j’ai ouvert ma …….)

Du coup, le dragon se ravise, et décide de faire son boulot. Elle lui amène un bassin, et se barre….

Et après j’entends : « SI- OU- AIT- AI- INI »

C’est dingue, j’ai plus envie de rire, et plus envie de vieillir, quoique la perspective ne m’a jamais plus, mais bon….

Je ne pensais pas que cela pouvait être si compliqué de faire pipi…

Une pensée reconnaissante pour ma vessie qui me laisse tranquille.

 

Et le pire n’était pas encore arrivé………..

Posté par _arwen_ à 12:16 - Commentaires [28] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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