Le blog d'arwen

Journal d'une vie en devenir...

31 mai 2008

Mon fils

Tu avais à peine dix ans, et je t’avais appris ce sublime poème de Kipling. Sans difficulté tu l’as mémorisé, et je me souviens de vous trois, le récitant. Toi à la perfection, et les petits, hésitants, tu te penchais vers eux pour les aider avec beaucoup de tendresse.

 

Je vous en expliquais le sens, en vous disant que si un jour un être arrivait à tout mettre en application, il serait un adulte accompli.

 

A ta naissance, c’est seulement quand on t’a posé sur mon ventre que j’ai réalisé que j’étais ta maman, que tu étais toi. Je me suis exclamée : « Oh mon enfant ! », et cela a bien fait rire tout le monde. Moi j’étais dans ma bulle.

 

Petit tu étais casse cou, et nous devions aller souvent aux urgences, ils finissaient par bien nous connaître. Mais aussi et surtout, tu posais sans cesse un nombre incalculable de questions : aussi bien scientifiques que philosophiques et je répondais comme je pouvais. Mais une réponse amenait toujours une autre question.

 

Une me revient en mémoire, au moment du bisou du soir : « Dis maman on n’arrêtera jamais de s’aimer hein ? » A trois ans tu avais capté l’incertitude de mon couple, alors je t’ai dit que oui, qu’on s’aimerait toujours, et j’ai décidé de rester avec ton père pour toi.

 

Ton petit frère tant désiré, trop attendu est enfin arrivé. A huit ans, tu étais grand frère, puis ta sœur a suivi très vite, et nous sommes devenus une famille nombreuse. Grande maison, dans un lotissement que j’avais choisi pour que tu puisses vivre comme tu en avais besoin, en casse cou, mais en toute sécurité.

 

Je sais que tu as eu une enfance heureuse, plusieurs familles ont emménagé en même temps, les enfants avaient le même âge, et tu étais toujours dehors par tous les temps, et vive le tatoo lorsque l’heure du repas ou autre chose avait sonné.

 

Lorsque j’ai quitté ton père, tu es devenu naturellement, plus que jamais, le grand frère, à moitié le père. Malgré moi, malgré toi, la frontière entre les deux est tellement infime. Mais avec une grande douceur avec eux.

La vie t’a volé une partie de ton adolescence, elle a été difficile, car bien qu’extrêmement intelligent, ton hyper sensibilité faisait de toi une proie facile en tant que bouc émissaire pour ces imbéciles de collégiens.

 

Tu as fait alors de L’aïkido, et tu t’es métamorphosé, physiquement et moralement, défendant la veuve et l’orphelin.

Je vous avais initiés à la politique dès le plus jeune âge via les « guignols de l’info », tu as alors su que ces vêtements de marque étaient fabriqués par des enfants, et sans problème, accepté de ne pas en avoir.

Tu as bravé ceux qui s’en moquaient, et tu as même prêté main forte à un de tes professeurs, noir, qui s’était fait agresser par une bande de skins à la sortie de ce collège. Tu n’avais pas 15 ans.

 

Est venu le temps de tes études à Rennes, tu étais heureux d’aller là bas, près de notre Brocéliande, où nous allions toujours en vacances. Et où tu t’étais fait des amis. Dieu que ta sœur a pleuré lors de ton départ.

 

Et là, tu l’as eue ton adolescence, je ne l’ai compris que bien plus tard, tu en avais besoin. Tu as raté tes études, mais j’ignorais que c’était les plus difficiles.

Bringues en tous genres, je me fâchais, toi aussi, mais je sais maintenant que c’était une étape indispensable pour toi.

 

Moi de mon côté je n’ai guère fait mieux en épousant mon deuxième mari.

Je me souviens de la première altercation (bénigne au regard du reste), tu as foncé à la maison, tu étais chez ton meilleur ami. Lequel a évité la violence entre toi et lui de justesse, et tu m’as dit « Je veux que tu quittes ce mec tout de suite ».

Un de plus qui me disait attention. Je l’ai quand même épousé, et là, tu venais de moins en moins nous voir, et est arrivé le moment de tout quitter et de te rejoindre.

 

Tu nous as guidés dans cette grande ville, tu nous as aidés pour l’aménagement des meubles, et dès le premier soir, le repas en famille était sous le règne de la joie et l’humour estompait peu à peu les yeux bouffis.

 

Mais tu as dû supporter une mère en miettes, et cela n’a pas dû t’aider.

 

Comme moi pour ma mère, tu es vite parti vivre avec une femme………… Etrange style de vie que je condamnais, alors que le mien ne valait guère mieux.

 

Vous vous êtes retrouvés à la rue, et j’ai refusé de vous reprendre, il y avait un homme et sa fille à la maison, j’estimais que ce qui vous arrivait n’était que justice. Alors vous avez déménagé dans le sud.

Puis ton couple a capoté, et tu as demandé à revenir, j’ai encore dit non.

 

Jamais je ne me le pardonnerai, je l’ai fait en me disant qu’il fallait te mettre en face de toi-même, et que ton père devait un peu assumer.

Mais toi, tu me l’as pardonné depuis longtemps, en me disant que si je t’avais repris, tu n’aurais pas fait cette formation de développeur à Blois, où tu as été reçu premier.

 

J’allais mieux, j’ai quitté cet homme, et je suis allée te chercher. Tu voulais trouver du travail à Rennes. Mais bac +2, ici, ce n’est rien.

Notre relation était difficile, tu étais enfermé dans ta chambre, comme dans ta tête.

Un jour tu m’as annoncé que tu étais accepté en troisième année de licence informatique à Rennes 1.

Je t’en voulais de ne jamais rien me dire, mais je trouvais en même temps cela formidable.

Et tu l’as eue ta licence.

 

Contre l’avis de tous, je t’ai fait confiance, faisant fi de ceux qui me disaient qu’avoir un fils de trente ans chez soi, n’était pas bon.

 

Le master a été trop difficile, et en même temps, tu voulais partir. Tu as cherché pendant 5 longs mois un poste dans ta ville natale. Je ne savais rien de tes recherches, Rhalph me rassurait, moi intérieurement j’avais du mal, ne serait-ce que ce « oui » agacé quand je frappais à ta porte.

 

Une fois de plus, je me suis dit qu’il fallait que je te laisse gérer, et que j’accepte cette non communication. Peu à peu, elle s’estompait.

 

Puis est arrivé cet entretien, tu es parti en disant « quand je reviendrai je serai peut être un autre homme. »

Moi je t’ai envoyé un sms : « Tu as dit que tu serais peut être un autre homme, mais c’est chose faite, et mieux même, tu es un homme et tu te comportes en tant que tel, sois fier de toi ».

 

Et tout a été très vite, tu as tout géré seul, les difficultés de dernière minute, peu à peu, j’ai eu mon bisou le matin, et le soir, nous avons échangé, je donnais quelques conseils en disant sur le mode de l’humour « ce n’est pas pour te materner, c’est d’adulte à adulte ».

 

Un coup de fil quand tu partais de là bas avec le gros camion, c’était prévu pour que je sache si nous pourrions manger tous ensemble en fonction de l’heure de départ, mais trop tard. Tu as avoué ta panique devant le

14 mètres

cubes

, et moi de te dire que j’aurais été pareille, mais que tu allais y arriver en roulant tranquillement à ton rythme.

 

Et bien tu as roulé vite et bien. Chose miraculeuse, une grande place juste devant la porte.

Le lendemain pas le temps de penser, Morgoth est venu nous aider, et tout a été chargé en 45 minutes, tu passais ensuite chez ton père pour récupérer les meubles de ton ancien appartement.

 

Et voilà, tu es parti.

 

Je me souviens de cette note ou je me lamentais sur mon sort pour ce mois de juin seule. Dieu quelle calimero !!!!!!!!!

 

Sache que je suis heureuse, car tu t’accomplis.

Sache que je crois en toi, tu vas y arriver, si ce n’est ce poste, je te sais prêt à trouver de suite autre chose pour garder ton indépendance.

 

C’est cela que je me disais en moi-même lors de ce bisou rapide pour ton départ, et toi de m’appeler le soir pour me dire que tu n’avais qu’un seul regret : ne pas m’avoir prise dans tes bras pour me dire que tu m’aimais.

 

C’était mieux ainsi, nous le savions tous les deux, et tu partais t’accomplir, l’heure ne devait pas être à la tristesse.

 

Je t’aime mon fils, et je ne regrette en aucun cas de t’avoir fait confiance, car tu m’as donné raison.

 

Ton absence est un aboutissement. Le début d’une vie. Qu’elle te soit douce.

J’ai fait du mieux que j’ai pu pour ton éducation, mais la plus grosse part, tu viens de l’accomplir.

 

Tu est un homme mon fils.


Edit : Décidément je suis une maman comblée, Rhalph a son Master 1 avec mention.

Posté par _arwen_ à 11:17 - Commentaires [36] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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